Un point de bonus important !

Direction La Réole, cité du manoir du prince noir (est ce un mauvais présage ?), de son abbaye (doit-on croire ?), du prieuré des bénédictins qui nous domine (sera t’on dominé ?), du château des 4 sauces qui nous surplombe (sera t’on mangé à toutes les sauces ?).

Cette terre d’immigration italienne a fabriqué de légendaires joueurs de packs forgés au travail de cette terre qui leur évoquait la vallée du Pô qu’ils avaient du quitter. Mais pas de Pô ici, c’est bien le BEC qui se présente face à eux. Un BEC dont les joueurs ont des facultés toutes autres ( Bordeaux 1, Bordeaux 2, Bordeaux 3, Bordeaux 4, …). Quand une série dure à ce point c’est que le club en face a une sacrée histoire ! Notre équipe est prête : la période des fèves est passée, celle des crèpes aussi. Pour la fin des vacances d’hiver, on va enlever les chaussons.

Le terrain est gras et pose une question majeure. Vont-ils faire jouer leur ailier le plus redoutable qui ne joue heureusement qu’une fois tous les 30 ans en moyenne tant il a peine le dimanche à sortir de son lit,  celui que personne n’arrête lorsqu’il décide de déborder ou de s’infiltrer, j’ai nommé Garonne. Tout le monde ici se rappelle de ses prestations d’anthologie en 1930, 1952 et 1981 pour son dernier grand match. Par comparaison, Jean Luc ! (Venture), un peu comme Curro Roméro qui faisait une passe de génie tous les 5 ans pour entretenir sa légende dans la maestranza avant de retomber dans sa torpeur léthargique!

En attendant, le coach Réolais nous tient le BEC dans l’eau quant à sa titularisation  peu probable malgré les fortes pluies qui font sa force.
La chandeleur est passée (voir plus haut) mais c’est quand même le genre de match où se distribuent des crèpes. La terre argileuse et détrempée est propice à l’évocation de la fête des boeufs gras de leurs voisins bazadais : les 1ères lignes devraient y avoir la même tenue que les spécimens du foirail. Bref, un parfait hommage au salon de l’agriculture qui se déroule actuellement. Mais le froid sec des derniers jours a rendu le champ praticable.

Le début est équilibré et La Réole est déjà vite pénalisé. Arnaud sera court sur une première pénalité des 45 m en biais puis une pénalité retournée en notre faveur verra Fynn trouver une excellente touche aux 5 m. La touche est récupérée mais enterrée lors d’une combinaison bien décodée par l’adversaire. Les munitions gaspillées et en particulier sur les remises en touches seront le fil conducteur de ce match.

Une période de non match de La Réole nous endort un peu. On domine un peu mais la grinta n’y est pas comme si cette séquence de quiétude nous rendait patient et confiant en  notre maitrise. Mais bientôt les marchands de sable cessent leur hypnose et nous imposent une longue séquence de puissance ponctuée par une pénalité face aux poteaux. 3-0. Point positif, nous avons défendu vaillament avant de céder à la pénalité.

Revenu chez eux, Arnaud Debaes échoue  aux 40 m en coin. Aux 35m en biais, tout près, on choisit la touche aux 3 pts alors que l’égalisation est à portée. On récidive dans le même secteur gauche mais à 25 m cette fois et ce deuxième choix d’aller en touche se fracasse sur nos difficultés à bonifier nos lancés. Ces 2 pénalités abandonnées et les 2 autres ratées pèsent lourd à cet instant du match: nous pourrions être en tête. Nos phases de supériorité ne sont que trop rarement validées !

L’effet boomerang ne se fait pas attendre: Vignau reçoit un carton jaune extrêmemenent sévère sur un placage haut. Il s’ensuit, à l’issue de la touche obtenue, un groupé pénétrant dévastateur des Réolais qui aboutit à un carton blanc de Guénard. En deux minutes nous passons du XV au XIII; l’arbitre oublie bizarement de nous faire changer de terrain puisque les treiziste locaux occupent le terrain d’à côté !! En moins de deux, on est moins de deux !!!
On devrait prendre la marée mais heureusement, de peu, elle ne remonte pas jusque là ! Sous pression, on s’en sort miraculeusement mais brillamment : on commence par récupérer le ballon et sur ce ballon de relance, Fynn transperce le rideau défensif sur nos 22 et engage un chevauchée droit devant dans un premier temps, de contournement sur la gauche ensuite. Il ne sera repris à 20m de la ligne et propulsé en touche que très difficilement, son raffut étant à deux doigts de lui permettre de finir son action d’anthologie. Peut-être serait-il passé sans un très léger ralentissement d’observation avant de remettre les gaz face à l’ultime défenseur revenant.

On refuse encore de tenter une pénalité, 25 m en coin. Donc, en résumé, on s’y risque quand on n’est pas sûr d’avoir la distance et on dédaigne ce qui est à portée : curieuse conception du rugby pragmatique (surtout en telle situation d’infériorité numérique). Ici c’est La Réole, pas La Vérole, nul besoin d’être effrayé par la prise de trop de points. De plus, nos accouchements sur touche exigent  presque à chaque fois une césarienne et le ballon sort mort né une fois sur deux. Veut-on gagner ? Je comprends que l’inconnu fasse peur, il y a si longtemps que l’on n’a pas gagné mais prenons nous en main, le samu sportif ne suffira pas à nous sortir de là sans notre contribution.

La Réole nous remet la pression et sur une belle attaque classique vers la gauche après pénétration plein axe profite de son surnombre pour aller aplatir en coin. 8-0.
On revient chez eux et une pénalité permet à Debaes de transformer superbement une pénalité des 40 m en biais. 8-3. Nous jouons à nouveau à 15. La mi-temps survient sur ce score qui laisse espérer.

Dès la reprise, La Réole impose sa puissance, refuse une pénalité plein axe aux 40, charge à répétition. On subit et essuie une série de pick and go. Mais comme en première, Fynn parvient à desserrer l’étau par une relance. On se libère un peu mais on refuse le jeu au pied d’occupation programmé ponctuant les phases de conquètes ou de pression en cours d’action dont l’horizon se voile. Nous restons donc sous pression dans notre camp et La Réole impose à nouveau son volume physique. Chaque ballon qu’ils récupèrent est une menace via les mauls tant leur puissance est manifeste. Un essai en coin construit par leur pack ponctue notre incapacité à se donner de l’air. 13-3.

Le BEC tente de réagir et sur une superbe attaque Léandre est chassé en touche en bout de ligne. Nous réussisons quand nous entrepenons chez eux, plus difficilement sous pression dans notre camp.
On continue d’occuper leur camp et, vertu du réalisme, grâce à Debaes sur pénalité, bonifions de trois points cette période.  13-6.

Suite au renvoi Réolais, nous refusons encore obstinément de nous sortir de notre moité de terrain par du jeu long au pied. Perte de balle, groupé pénétrant, essai plein axe ! 20-6.
Notre président, touché au moral, est pris en charge alors le long de la main courante par une cellule psychologique durant 10 mn pour un protocole démission : heureusement, il n’avait rien et revient peu après soulagé et irrité des excés d’attention que le règlement lui a infligé !
Sous le choc et bien que non informé (ils ont du émotionnellement le ressentir), le groupe se transcende. Un mouvement, amorcé à la main, depuis nos 40 m est poursuivi au pied : on récupère,   poursuit le mouvement et  Ben finit par servir Vignau qui aplatit. 20-13 avec la transformation d’Arnaud.

Il reste du temps pour  revenir et La  Réole, puni, joue désormais à 14 . Ils prennent alors une décision invraisemblable en  refusant de transformer une pénalité 25 m face aux poteaux qui leur offrait plus d’un essai de marge et nous sortait du bonus défensif. Sanction immédiate leur pénatouche finit en ballon mort. Une brutalité d’un autre temps envoie Yann Méchin sur la touche.

Parti avec le véhicule des pompiers, nous lui souhaitons un rapide rétablissement.
Il reste peu, on tente des relances mais toute progression est difficile. Certaines décisions sont encore précipitées comme jouer vite sans profiter d’une défense adverse trop près pour gagner les dix mètres qui nous rapprochent fort de la ligne. Une dernière pénalité aux 45 m nous donne l’opportunité d’une ultime pénaltouche : Fynn, ambitieux vers le poteau d’en-but ne trouve hélas pas la touche mais l’en but (peut on lui reprocher, je n’en serai pas).
Nous nous inclinons 20-13 et rapportons un ènième mais consolant bonus défensif (un record dans la poule). Pour espérer gagner, ne faut-il pas à la lecture de nos atouts et surtout faiblesses davantage chercher à nous propulser par du jeu au pied chez l’ennemi avec l’intention que des coursiers comme Fynn ou Léandre par exemple mordent les mollets des adversaires. On veut prendre plaisir par le jeu et c’est légitime mais on prend parfois plus de plaisir à gagner par l’application rigoureuse et valorisante de stratégies payantes élaborées par les coachs pour un groupe soudé et solidaire.

5

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